"Fake it until you make it" Pourquoi cette phrase me laisse toujours perplexe

J'ai une confession à faire.
Je n'ai jamais vraiment aimé la phrase "Fake it until you make it."
Enfin... ce n'est pas tout à fait vrai. Ce n'est pas la phrase qui me dérange. C'est la manière dont elle est souvent interprétée.
Parce qu'entre oser sortir de sa zone de confort et prétendre maîtriser ce que l'on ne connaît pas, il y a une énorme différence. Et cette nuance, dans le monde du travail, peut faire toute la différence.
Ce que cette phrase peut avoir de positif
Dans son meilleur sens, Fake it until you make it peut être un formidable moteur.
Nous avons toutes et tous déjà accepté une mission un peu ambitieuse, animé une réunion avec un léger trac ou pris la parole alors que nous n'étions pas totalement à l'aise.
Dans ces situations, adopter une posture plus assurée que ce que l'on ressent intérieurement peut être bénéfique.
À condition que cette posture s'accompagne de trois éléments essentiels :
Une réelle humilité.
L'envie d'apprendre.
Une formation, un accompagnement ou du feedback pour progresser.
Autrement dit, il ne s'agit pas de faire semblant d'être compétent·e. Il s'agit d'accepter d'être débutant tout en ayant suffisamment confiance pour avancer.
Quand "Fake it" devient dangereux
Le problème apparaît lorsque cette phrase devient une excuse pour ne plus apprendre.
On finit par croire que l'assurance remplace les compétences.
Et c'est précisément là que l'on rencontre un phénomène bien connu en psychologie : l'effet Dunning-Kruger.
Ce biais cognitif montre que les personnes les moins compétentes dans un domaine ont souvent tendance à surestimer leur niveau. À l'inverse, les personnes les plus expérimentées sont généralement plus conscientes de tout ce qu'elles ignorent encore.
Plus on connaît un sujet, plus on mesure sa complexité.
Les dégâts du faux sentiment de compétence
Lorsqu'on applique Fake it until you make it sans remise en question, sans apprentissage et sans accompagnement, les conséquences peuvent être importantes.
On voit apparaître :
Des managers persuadés d'avoir toutes les réponses, qui démotivent ou épuisent leurs équipes.
Des coachs ou consultant·es qui répètent des conseils entendus sur les réseaux sociaux sans les comprendre réellement.
Des outils bricolés, comme ce fameux tableau Excel construit avec beaucoup de bonne volonté… mais qui devient inutilisable dès que deux personnes doivent travailler dessus.
L'humilité n'est pas un manque de confiance
Dans le monde professionnel, on confond souvent humilité et manque d'assurance.
Pourtant, les personnes les plus compétentes que je rencontre sont rarement celles qui affirment tout savoir.
Ce sont celles qui posent des questions.
Qui demandent un avis.
Qui cherchent à comprendre.
Qui se forment régulièrement.
Qui acceptent qu'une méthode puisse évoluer.
Cette posture n'empêche absolument pas d'avoir confiance en soi. Au contraire.
La confiance solide ne vient pas du fait de paraître compétent. Elle vient du fait de savoir que l'on est capable d'apprendre.
Et si on remplaçait cette phrase ?
Plutôt que Fake it until you make it, je préfère une autre philosophie.
Learn it until you master it.
Ou, plus simplement :
Osez avant d'être parfaitement prêt·e, mais ne cessez jamais d'apprendre.
En conclusion
Nous n'avons pas besoin de nous faire passer pour quelqu'un d'autre.
Nous avons besoin d'oser, d'expérimenter, de nous tromper parfois, de demander de l'aide et de continuer à progresser.
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