Bienvenue dans le monde des cocheurs de cases
- 2 juil.
- 3 min de lecture
Et si une partie de votre travail ne servait à rien ?
Imaginez que demain, toutes les tâches que vous réalisez disparaissent.
Est-ce que quelqu'un s'en rendrait compte ?
La question peut sembler provocatrice. Pourtant, elle mérite d'être posée.
Pas parce que votre métier n'a pas de valeur. Au contraire. Mais parce que, dans beaucoup d'organisations, une partie du temps de travail est consacrée à des activités dont l'utilité réelle est... discutable.

Bienvenue dans le monde des cocheurs de cases.
Le cocheur de cases, ce n'est pas celui que vous croyez
Quand on parle des cocheurs de cases, on imagine souvent une personne un peu débile qui applique des procédures sans réfléchir. Mais non, ce n'est pas ça !
Je parle de ces professionnel·les très compétent·es qui passent leurs journées à :
Encoder des données, encore et encore.
Produire des rapports qui ne seront jamais lus.
Alimenter des tableaux de bord dont personne ne se sert pour décider.
Peaufiner des présentations PowerPoint ou Canva qui finiront dans un dossier oublié.
Remplir des formulaires parce que "c'est la procédure".
Le véritable objectif de ces tâches
Ces tâches ont rarement été créées avec de mauvaises intentions. Au départ, elles répondaient souvent à un besoin légitime : suivre une activité, rendre des comptes, démontrer l'utilisation d'un financement, améliorer la qualité...
Puis, au fil des années, elles ont changé de fonction. Elles ne servent plus tellement à produire de la valeur. Elles servent surtout à donner l'impression que tout est sous contrôle.
À rassurer la hiérarchie.
À prouver que l'on travaille.
À montrer de beaux indicateurs.
À cacher les dysfonctionnements derrière de jolis tableaux Excel et de magnifiques graphiques.
Le rapport devient plus important que la réalité qu'il est censé décrire.
Le problème n'est pas la personne
Il est profondément injuste de pointer du doigt les personnes qui exécutent ces tâches. Elles font simplement ce que l'organisation leur demande de faire.
Le problème est organisationnel.
Lorsqu'une structure récompense davantage la production de documents que l'amélioration réelle du terrain, les équipes s'adaptent.
Lorsqu'un financeur demande quinze indicateurs qui ne seront jamais exploités, quelqu'un devra les produire.
Lorsqu'un comité réclame un rapport de cinquante pages alors qu'il ne lira que le résumé, quelqu'un passera plusieurs jours à le rédiger.
Mais certaines tâches répétitives restent nécessaires
Attention, toutes les tâches répétitives ne sont pas inutiles.
Un·e comptable encode des factures.
Un·e secrétaire prépare des dossiers.
Un·e assistant·e administratif·ve vérifie des documents.
Ces activités peuvent être répétitives tout en étant indispensables.
Une tâche utile contribue directement au fonctionnement de l'organisation ou permet de prendre une meilleure décision.
Une tâche inutile existe uniquement parce qu'on l'a toujours faite ou que "quelqu'un" nous a demandé de le faire.
Les associations ne sont pas épargnées
Dans le secteur associatif, ce phénomène est particulièrement fréquent.
Parce qu'il faut justifier les subsides.
Parce qu'il faut répondre aux exigences de plusieurs pouvoirs subsidiants.
Parce que chaque nouveau projet apporte son lot de tableaux, de rapports et d'indicateurs.
Petit à petit, on ajoute des couches.
Un tableau supplémentaire.
Un rapport supplémentaire.
Une validation supplémentaire.
Une réunion supplémentaire.
Rarement quelqu'un prend le temps d'en supprimer.
Les équipes passent davantage de temps à démontrer qu'elles remplissent leur mission... qu'à accomplir cette mission.
Redonnons du temps aux personnes afin qu'elles puissent consacrer leur énergie à ce qui crée réellement de la valeur.
Accompagner des bénéficiaires.
Échanger avec les partenaires.
Résoudre des problèmes.
Innover.
Collaborer.
Autrement dit : faire le métier pour lequel elles ont été engagées.
L'efficacité, ce n'est pas remplir plus de cases
On confond souvent efficacité et activité.
Pourtant, être efficace ne consiste pas à produire davantage de documents.
Être efficace, c'est produire davantage de résultats avec moins d'énergie gaspillée.
Alors je vous laisse avec une question.
Si vous supprimiez demain vos tâches actuelles, lesquelles disparaîtraient sans que personne ne s'en aperçoive ?
Cet article s'inspire des réflexions autour des "bullshit jobs", concept popularisé par l'anthropologue David Graeber. Son travail invite à questionner non pas les personnes, mais la manière dont nos organisations créent parfois des activités qui finissent par perdre leur raison d'être.
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