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Le mythe du collègue débordé

  • 8 avr.
  • 3 min de lecture
collègue débordé
Le collègue débordé

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de ce collègue (ou de cette collègue) que vous avez déjà croisé. Le collègue débordé. Celui ou celle qui semble toujours courir après le temps, traversant les couloirs d’un pas pressé, les bras chargés de dossiers, enchaînant les réunions comme s’il s’agissait d’une mission vitale. Une personne visible, sollicitée, reconnue… et surtout, constamment débordée.


Dé-bor-dé.

Le mot revient comme un refrain. Il s’installe dans les conversations, s’affiche comme un badge d’honneur. Et autour de cette personne, les commentaires sont souvent admiratifs : on salue son implication, sa disponibilité, sa capacité à être partout à la fois. La direction y voit une preuve d’engagement.


Pourtant, à y regarder de plus près, une autre réalité apparaît. Derrière cette agitation permanente se cache une mécanique bien rodée : celle qui consiste à entretenir, consciemment ou non, l’image de quelqu’un d’indispensable, toujours au bord de la saturation, toujours en train de “gérer l’urgence”. Une posture où une partie non négligeable du temps est consacrée à dire à quel point le temps manque.


Deux heures à se plaindre, à verbaliser le débordement, à le partager, à le faire exister dans le regard des autres. Deux heures qui ne produisent rien de tangible, si ce n’est… la confirmation que la journée sera trop courte.


Le coût est immense ! Pour la personne concernée, bien sûr, qui s’épuise dans une course sans ligne d’arrivée. Mais aussi pour les collègues, embarqué·es dans cette dynamique, interrompu·es, sollicité·es, contaminé·es, parfois, par ce sentiment d’urgence diffus.


Alors la question mérite d’être posée autrement. Non pas “pourquoi cette personne est-elle débordée ?”, mais plutôt “de quoi aurait-elle besoin pour ne plus l’être ?”.


Vous n'aurez jamais une capacité de travail infinie, ni dans une capacité surhumaine à encaisser davantage. Elle se trouve plus simplement dans l’organisation, dans la clarté des priorités, dans la capacité à distinguer ce qui est réellement important de ce qui ne fait que sembler urgent.


Mais cette réponse se heurte à un biais ancré dans nos cultures professionnelles. Nous valorisons encore largement celles et ceux qui éteignent les incendies, qui interviennent dans l’urgence, qui donnent à voir l’intensité de leur engagement. À l’inverse, celles et ceux qui préviennent les problèmes, qui structurent, qui anticipent… restent souvent dans l’ombre.

Le curatif est visible, presque spectaculaire. Le préventif, lui, est silencieux. Et dans ce silence, il passe trop souvent inaperçu.


Pourtant, la véritable efficacité se loge ailleurs. Elle se trouve chez cette personne qui avance avec constance, qui termine ce qu’elle entreprend, qui réduit les frictions plutôt que de les subir, et qui peut, en fin de journée, quitter son bureau sereinement, sans sentiment d’urgence ni dette invisible.


Non pas parce qu’elle travaille moins, mais parce qu’elle travaille autrement.


Alors peut-être est-il temps de déplacer notre regard. De cesser d’associer débordement et performance. De reconnaître que l’agitation n’est pas un indicateur fiable de valeur. Et de redonner sa place à une forme d’efficacité plus discrète, mais infiniment plus durable.


Car non, être débordé·e n’est pas une preuve de qualité au travail. C’est souvent le symptôme d’une organisation - individuelle ou collective - qui mérite d’être repensée.

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Reprenez le contrôle sur votre temps, il a de la valeur.

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